
Gallimard - Gallimard
Sortie : 04/08/1976
Poche
Auteur : Louis-Ferdinand Céline
Littérature française, Romans - 20e siècle, Romans contemporains




Certes, on n'est pas dans le politiquement correct..un esprit positif aura probablement du mal avec cet écrit nihiliste, sombre et souvent injurieux...mais pour le style, chapeau l'artiste. J'avais eu du mal avec le Voyage..et Mort à crédit, mais là, cela vous saute à la gorge dès les premières pages. Rien que pour le style, cela vaut le détour.
livre très surprenant !
Durant près de 100 pages, celine est tres remonté : les vexations de l'après guerre, ses manuscrits volés, les années de prisons ... tout cela donne un début d'ouvrage haché, pendant lequel céline radote et peste contre tous (notamment des personnages difficilement identifiables de nos jours).
Puis petit a petit, a la faveur d'une fièvre, celine se calme, son style devient plus fluide et il nous témoigne de façon saisissante l'épique aventure des "prisonniers" de sigmaringen. On y coutoie tous les pontes de la collaboration et l'on y apprend beaucoup de petits détails savoureux.
Ce qui constitue donc au final une oeuvre contrastée, mémorable qui ne laisse pas indemne le lecteur.
"Ca doit avoir de la dégaîne, au château de Siegmaringen", ricanait Aragon, qui ne croyait pas si bien dire. Après quatre-vingt pages de radotages séniles, le récit bascule dans une résurrection de ce moment sinistre et grotesque où les anciens potentats de Vichy se pavanent,, une dernière fois, dans un décor de carton-pâte. Le stuc avant le sang. Une chose ne bouge pas, et ne bougera jamais: le sens de la hiérarchie. Aux notables, le château, aux manants les bas quartiers! Cette stylisation accentuée fait de Céline un témoin aigu, terriblement lucide. Est-ce que Siegmaringen existerait dans la mémoire collective sans lui? On peut en douter.