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Sortie : 01/03/2005
DVD
Acteurs : Sara Forestier, Osman Elkharraz, Sabrina Ouazani, Hajar Hamlili, Rachid Hami
Amitié, Comédie française, Racisme, Romance, Solitude, Urbain




On peut toujours craindre le pire d'un film qui cherche une forme de réalisme trop criant... Et ici, on crie souvent...Pourtant, cette "Esquive" où se rencontrent , grâce à une prof de français, Marivaux et la banlieue, est une vraie pépite cinématographique. Un petit joyau d'interprétation notamment grâce à l'énergie incroyable de Sara Forestier. Un vrai bijou aussi car cette histoire peut se lire à plusieurs niveaux grâce à un scénario parfaitement ficelé. C'est Marivaux en classe et Marivaux dans la cité, c'est l'impossible marivaudage amoureux dans la banlieue par la faute d'un langage qui "coince" le jeune Krimo dans sa bulle et dans sa bande... Magnifique film, donc, mille fois plus intéressant que le "Entre les murs" de Laurent Cantet (palme d'or 2008). Chacun reprend à la fin ses habits du quotidien, marquant l'impossibilité d'échapper à sa condition sociale, comme les héros de Marivaux reprennent leurs costumes de maitres et de valets après les avoir échangés... Mais la fin laisse tout de même une ouverture : le théâtre a peut-être bien ,tout de même, changé leur vie... A voir absolument, sans se laisser arrêter par le langage brut de brut qui n'est pas ici exploité avec complaisance ou démagogie mais comme le témoignage d'un enfermement linguistique dont on ne mesure pas toujours bien les conséquences catastrophiques... A voir, donc, et à méditer...
Ce qui est vrai, ce sont les accents. Avec à la clé plusieurs enseignements d'ordre sociologique. D'abord, le fait que dans un quartier où l'immigration d'origine maghrébine est dominante, l'accent arabe se généralise, y compris chez la jeune Française de souche et chez l'immigré d'origine asiatique. Ensuite - et c'est l'un des thèmes explicites du film, qu'on reste malgré tout conditionné par ses origines - le fait, que jouant Marivaux, la Française de souche arrive à retrouver un accent quasi pur, alors que les Maghrébins gardent celui de leur conversation quotidienne.
Mais la médaille a son revers: la vérité des accents rend le film difficile à suivre, voire rebutant pour tout spectateur non résident des "banlieues". C'est la même erreur que celle de Balzac s'obstinant à faire parler Nucingen avec son accent allemand, qui nous donne plus d'une fois envie de lâcher le bouquin. Dans le film, des sous-titres auraient été utiles; loin d'être vexants, ils auraient mis en évidence une incommunicabilité bien réelle.
Ce qui est vrai aussi, c'est qu'on suscite l'adhésion des élèves immigrés en les traitant comme des Français dits "de la bourgeoisie". Ici cela est mis en scène par le recours au "Jeu de l'amour et du hasard". Les rares professeurs ayant osé de telles oeuvres en Zone d'Education Prioritaire (en violation des instructions officielles de l'Education Nationale) confirmeront ce propos. Mais ipso facto cette classe de français n'est pas représentative de la réalité commune. Car sous prétexte de proposer des oeuvres "conforme au goût et aux capacités des élèves" l'EN a banni des programmes du collège, entre autres, le théâtre classique, humiliant ainsi les élèves sous couvert de bons sentiments, et contraignant les professeurs les plus valeureux et les plus courageux à la rébellion. La classe de français du film prend ainsi une allure de "village Potemkine", dont il serait parfaitement injuste que l'Education nationale s'attribue le mérite... ce qu'elle tend pourtant à faire à l'occasion de ce film, en jouant sur le fait que le grand public ignore ses coulisses.
Globalement, l'appréciation du film est donc mitigée. La pluie de récompenses qui l'a couvert apparaît exagérée : faut-il y voir la main d'un "antiracisme officiel"?