
Atco - Atco
Yes
Sortie : 10/02/1995
CD audio
Progressif, Pop/Rock, Album Rock, Pop & Rock, Psychédélique, Variété / Pop International
1. The Gates Of Delirium
2. Sound Chaser
3. To Be Over




Que dire sur cet album incroyable? Tout a déjà été dit: une créativité, une cohésion, une interprétation, une originalité hors-norme...
Construit sur le même modèle que "Close To The Edge" et pas si éloigné de "Tales From Topographic Oceans" qu'il suit, mais en plus condensé, il fait éclater, encore plus que dans les autres albums du groupe si c'est possible, les capacités démentielles de chacun des musiciens, plus particulièrement Steve Howe aux guitares et Patrick Moraz aux synthétiseurs.
Le début du disque frappe tout de suite (comme "Tormato", ou "Topographic": on se demande s'il tourne à la bonne vitesse).
Trois morceaux seulement, mais assez longs (le premier d'une durée de vingt minutes et les deux suivants d'une dizaine de minutes chacun):
- "The Gates Of Delirium"... Un des sommets du groupe; ardent, foisonnant, avec sa course poursuite centrale étourdissante et survoltée et animée de synthés éblouissants, sa sublime partie finale comme le calme après la tempête (désolé pour ce lieu commun mais il en faut parfois).
- "Soundchaser", expérimental, échevelé, avec son schéma rapide/lent/rapide, Steve Howe littéralement extra-terrestre...
- "To Be Over" enfin, une magnifique pièce en plusieurs parties (dont le climat est très proche de "Tales..."), lumineuse, aérée, comme un voyage en voilier sur une mer scintillante... Là encore, la guitare de S. Howe fait des merveilles, avec ses sonorités variées (passant de solo débridé en séquence hawaïenne et en legato aérien en un tour de main), ainsi que les claviers de Patrick Moraz aux timbres subtils, prodigieux, et la voix céleste de Jon Anderson qui survole l'ensemble...
Ce dernier morceau se termine d'une façon grandiose, solennelle, comme un carillion de lumière, fin rayonnante pour un disque époustouflant de perfection et d'inspiration, sans être froid et encore moins ennuyeux pour autant mais au contraire passionnant, dynamique, plein de feeling et de vie, comme (presque) tous les albums de Yes...
Tout simplement génial.
Pour moi cet album est celui des extrêmes. On en prend plein la figure. C'est dense, véloce, ultra travaillé, maîtrisé, nuancé. Et après toutes les critiques faites, seul peut compter l'appréciation de chacun qui est unique. Moi j'ai mis du temps avant de pouvoir apprécier Relayer. Mais à présent que je le connais par coeur, je me demande comment un groupe peut sortir tout ça sans conflit. Car chacun y va allègrement de son don de créativité, de son génie personnel, mais sans jamais rien gâcher. Rien n'est prévisible mais tout s'encastre pierre après pierre de façon hallucinante. Rien ne se répète, rien ne se perd, tout s'exploite. Ce qui est au devant de la scène passe derrière, et inversement. C'est un chassé croisé où personne ne domine. On croit assister à la fusion de plusieurs artistes en un seul homme orchestre. Un équilibre qui me fascine, un génie époustoufflant.
Cet album de Yes n'est pas cité dans la plupart des réferendums et autres classements "best of the best" des magazines en vogue. Et pourtant, il s'agit bien là du chef d'oeuvre absolu d'un groupe qui en compte quelques autres. Yes fut un groupe de musiciens surdoués mais qui n'a pas bien géré sa carrière, faute de n'avoir pas toujours su voir le joyau en son sein : son guitariste, Steve Howe, esthète virtuose, ne demandait qu'à ce qu'on lui compose de la belle musique pour la transcender et transporter le groupe vers des sommets que personne ne pouvait atteindre. Malheureusement, divers problèmes d'ego, notamment du clavier rick wakeman, ont empeché le groupe de se vouer entièrement à cette noble cause, au contraire de ce qui se passait chez Led Zeppelin pour ne citer que l'exemple le plus frappant.
Bref, en 1974, le wakeman en question, fort du succès des albums précédents, croit pouvoir aller faire le malin en solo et laisse sa place à Patrick Moraz. Tant mieux; sur la durée de cet album au moins, tout est fait pour mettre en valeur la guitare de Steve Howe, sans occulter le moins du monde la superbe voix de Jon Anderson et la rythmique originale formée par Chris Squire et Alan white. Bonheur. La pièce maitresse du disque s'appelle "The Gates of Delirium". Les portes du délire, il s'agit bien de cela: au sens le plus positif que l'on puisse entendre.