
Seuil - Seuil
Sortie : 06/03/2008
Broché
Auteur : Sylvain Gouguenheim
Histoire de la philosophie, Ouvrages généraux, Philosophie




Patatras ! Une étude très sérieuse du très sérieux Sylvain Gouguenheim, professeur d'histoire médiévale à l'ENS de Lyon, vient ruiner un préjugé dominant qui attribuait à l'Islam la transmission du savoir antique à l'Europe. Philosophie, mathématiques, astronomie, après avoir disparu d'Europe auraient trouvé refuge dans le monde musulman. Tissus d'erreurs, démontre l'auteur en reprenant ces thèmes point par point. La transmission depuis Byzance n'a jamais cessé. Nombre de pères de l'Eglise, formés à la philosophie grecque, citent Platon et autres auteurs, en attendant Aristote. Inversement, jamais l'Islam n'a accueilli volontiers le savoir grec. Avicenne et Averroès, souvent cités, ne parlaient pas un mot de grec. La traduction du grec à l'arabe (langue sémite) était problématique et intéressait peu. Il y eut, cependant, quelques traductions de textes scientifiques. Galien, Hippocrate, Platon sont à l'origine du savoir arabe et non pas musulman, nuance que beaucoup oublis (surtout les manuels scolaires). mais l'accueil fait à la pensée grecque fut toujours limité, sélectif. Au même moment, les grands textes grecs n'avaient cessé d'irriguer l'Occident au cours des "renaissances" successives. Le rôle des moines de Saint-Michel a été trop longtemps oublié.
On peut le dire aux élèves de 5ème et de seconde : la culture européenne ne doit rien d'essentiel au monde arabe ou à l'Islam.
Un livre remarquable d'érudition, qui n'échappe pas à quelque facilités polémiques, mais qui a le mérite de dire quelques vérités oubliées sur le christianisme, l'islam, et plus généralement le Moyen-Age en Méditerrannée. Evidemment, les chrétiens auraient tort d'y lire une apologie (d'autant plus que ça fait bien 30 ans que personne ne considére plus le MA comme un millénaire d'ignorance en Europe), et les musulmans commettraient une regrettable erreur de jugement en se sentant attaqués. Quant à la thèse défendue, qui veut que le MA chrétien ait été nourri par la Grèce antique, il suffit de relire "Le nom de la rose" pour comprendre qu'il s'agit plus d'un fait historique que d'une hypothèse travail. Je laisse à ceux qui ont détesté ce livre en invoquant des "erreurs historiques" ou des présupposés idéologiques le soin de mettre ces erreurs en avant et de prouver qu'eux-mêmes ne sont pas aveuglés...