
Gallimard - Gallimard
Sortie : 11/10/2007
Broché
Auteur : Daniel Pennac
Littérature française, Romans contemporains




Selon Daniel Pennac, la plupart des enfants cancres ne naissent pas crétins ou cancres: ils le deviennent progressivement pour la simple raison qu'ils ont intégré et accepté qu'ils ne comprendront jamais rien «parce qu'ils n'y avaient jamais rien compris de tout façon». Ce sentiment d'impuissance, d'échec voire de nullité est souvent renforcé par l'attitude de l'entourage (du système scolaire?, des parents?). Pennac souligne que la sagesse pédagogique devrait représenter le cancre comme l'élève normal par excellence: c'est l'élève qui a le plus besoin du corps enseignant puisque c'est celui qui oppose le plus de résistance à l'enseignement, celui qui doute du savoir de son professeur et met en cause sa compétence et qui est donc souvent le plus turbulent. C'est surtout l'élève qu'il faut convaincre parce que non acquis d'avance à l'utilité du savoir. L'auteur rend paradoxalement hommage à son passé de cancre car, sans lui, il ne serait pas devenu ce qu'il est devenu : un professeur qui aime ses élèves et se bat pour, contre et surtout avec eux pour les sortir de l'ignorance dans laquelle ils sont plongés sans en être vraiment conscients.
Si je n'avais qu'une phrase à retenir de ce roman ce serait celle-ci : «Les maux de grammaire se soignent par la grammaire, les fautes d'orthographe par l'exercice de l'orthographe, la peur de lire par la lecture, celle de ne pas comprendre par l'immersion dans le texte, et l'habitude de ne pas réfléchir par le calme renfort d'une raison strictement limitée à l'objet qui nous occupe, ici, maintenant (...).» Ce livre est une véritable bouffée d'oxygène pour tout parent qui a des enfants d'âge scolaire.
Ni Gallimard ni Daniel Pennac n'ont voulu écrire, sous le titre, ce qu'ils avaient publié là : récit, essai, souvenirs, lettre ouverte au ministre de l'Education nationale, que sais-je encore ? Malheureusement il est parfois bon de savoir où l'on va... à la fois quand on achète un livre (heureusement, on me l'a prêté) et quand on l'écrit. Il y a quelques pages dignes d'intérêt qui relèvent de l'un de ces genres, mais le tout se fond dans une tambouille sans grande saveur.
L'auteur a par exemple la manie ridicule de numéroter des mini-chapitres qui constituent un seul et même développement. Plus généralement il a pris le parti agaçant de considérer que tout lecteur de ce livre est un admirateur des précédents... Hélas, non, pour ma part, je cherchais à ce livre, et à ce livre seul, un intérêt propre, berné par tous les éloges qui l'avaient accompagné. Je ne l'ai jamais trouvé, sinon dans quelques traits d'humour. Une autobiographie scolaire aurait été bien mieux sentie.
Si M. Pennac n'avait pas publié d'autre oeuvre avant celle-là, il n'aurait probablement pas trouvé d'éditeur. Et je ne parle pas de la farce qui lui a valu de remporter un prix comme le Renaudot.
Un livre qui se lit avec beaucoup de plaisir, sur un sujet ingrat s'il en fût, l'échec scolaire. Il ne s'agit pas ici d'apporter des réponses fondamentales au(x) problème(s) de l'enseignement, mais on aimerait que chaque enseignant ait lu ce livre, surtout ceux qui ont en charge nos enfants, et fasse preuve d'autant d'humanité et de compréhension face à nos ados. On a envie d'en apporter 10 exemplaires à la prochaine réunion parents-professeurs pour les offrir à tous les profs qui ne l'auraient pas lu !