
FLAMMARION LETTRES - FLAMMARION LETTRES
Sortie : 01/03/2008
Broché
Auteur : Djavann Chahdortt
Littérature / Littérature Internationale, Littérature française




"J'ai quinze ans, je m'appelle Fatemeh, mais je n'aime pas mon prénom. Dans notre quartier, tout le monde avait un surnom, le mien était "la nièce la muette". La muette était ma tante paternelle. Je vais être pendue bientôt."
Voici comment débute le manuscrit que découvre un jour une journaliste française dans sa boîte aux lettres. Le colis contient le manuscrit original en persan et sa traduction. Intriguée par cet envoi, la journaliste se met à lire le récit de cette jeune femme.
En attendant le jour de sa condamnation à mort, Fatemeh choisit d'écrire l'histoire de sa tante sur un petit cahier, faveur du gardien de prison, "pour que quelqu'un se souvienne de la muette et de moi, parce que mourir comme ça, sans rien, m'effrayait. Peut-être qu'un jour quelqu'un lira ce cahier. Peut-être qu'un jour quelqu'un me comprendra. Je ne demande pas à être approuvée, seulement comprise".
Elle explique au lecteur que sa tante n'a pas toujours été muette ; mais que suite à un traumatisme à l'âge de dix ans, elle a choisi de se taire à jamais. La petite fille déjà si déterminée est devenue une femme libre de 29 ans : elle ne porte pas de voile, tire sur sa cigarette comme un acteur américain. Bref, elle ne connaît aucun interdit. Autour d'elle, les femmes commencent à jaser, allant même jusqu'à la traiter de folle. ; car pour ces femmes, seule une folle peut se comporter de cette manière.
Fatemeh ne porte pas ce regard là sur sa tante. Fascinée par sa beauté et sa démesure, elle se sent plus proche d'elle que de sa mère. Aussi c'est tout naturellement qu'elle tentera vainement de cacher à sa mère la relation charnelle entre sa tante et un homme. Cet acte d'amour sera mal très vu dans ce pays où le mollah décide des punitions ...
Le début du roman ressemble beaucoup au livre de Victor Hugo Le Dernier jour d'un condamné. Est-ce une fiction ? Un fait divers ? Peu importe. Aujourd'hui encore, les pendaisons publiques en Iran existent.
A la fois roman, journal intime et pamphlet, ce texte court dénonce la violence physique ou verbale que peuvent subir certaines femmes iraniennes.
J'ai découvert cette petite merveille chez ma libraire préférée.
C'est une très belle histoire (vraie ? je n'en suis pas sûre mais ce n'est pas important), écrite dans un style simple et fluide qui ne peut laisser personne indifférent.
Le sujet : sur fond de condition féminine en Iran, une jeun fille de 15 ans en prison nous raconte comment elle en est arrivée là. Le style est simple, fluide, sans description choc.
A lire et à faire découvrir !
Chahdortt Djavann écrit ici une histoire qui avait tout pour être belle. Une jeune adolescente élevée par une tante muette (on ne sait pas vraiment pour quelle raison, mais on le devine, on sait qu'elle se tait depuis un jour sombre de son enfance). La muette est une femme libre. Enfin, libre, c'est un grand mot. Disons qu'elle fume, ne porte pas le voile, marche pieds nus, a le regard insolent. Elle vit chez son frère, le père de Fatemeh, et aide à la maison. Elle ne sort pas.
Une tante que le mutisme rend encore plus fascinante, altière, une enfant pleine d'idéaux, un oncle jeune et amoureux, un père tolérant, ouvert, mais opprimé par le pouvoir des Mollahs, une mère hypocrite et égoïste. Ces personnages sont intéressants, l'histoire aussi. La muette aimera secrètement l'oncle, le Mollah déversera sa haine, une mort, un mariage forcé, une autre mort et, finalement, la condamnation à la pendaison de Fatemah, qui entreprendra, en prison, le récit des événements qui l'ont menée là.
Bien sûr, on devine la dénonciation de la condition de la femme en Iran, des comportements intégristes, de l'abomination des lapidations.
Mais Chahdortt Djavann a choisi de mettre en scène l'écriture de ce manuscrit (écrit en français). D'abord elle nous propose une lettre de l'éditeur qui aurait reçu ce manuscrit, miraculeusement dérobé à la prison iranienne, puis nous lisons ce manuscrit, puis nous avons une note d'une journaliste à qui ce manuscrit aurait été confié par le gardien de prison, puis celle du traducteur qui précise deux ou trois détails de traductions.
J'aurais sans doute préféré un roman plus frontal, une dénonciation moins mise en scène. Toutes ces fausses circonstances gâchent le tout. L'histoire en elle-même était intéressante, sans qu'on ait besoin d'y ajouter des détails romanesques qui finalement frisent le ridicule. C'est dommage, le manuscrit en lui-même se suffisait presque.