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Joni Mitchell
Sortie : 02/06/2008
CD audio
Canada, Singer/Songwriter, Contemporary Jazz, Adult Alternative Pop/Rock, Jazz
1. One Week Last Summer
2. This Place
3. If L Had A Heart
4. Hana
5. Bad Dreams
6. Big Yellow Taxi (2007)
7. Night Of The Iguana
8. Strong And Wrong
9. Shine
10. If




Joni Mitchell est une très grande artiste, elle est révoltée passionnée.
Elle a suspendue sa carrière de chanteuse pendant de trop nombreuses pour revenir avec cet excellent album
On ne peut se lasser de sa voix erailler, de son talent ou elle passe des influences jazz folk pop
Un album complet beau bien fait !
Elle démontre une fois de plus qu'elle possède plus cordes a son arc !
Achetez le cd et vous ne saurez pas décu
Quel dommage! De très beau titres, une superbe voix, des textes sublimes mais quelle mauvaise production. Si ce n'est l'apparition de quelques solos ou contre-chants interprétés par de vrais musiciens (Sax et Guitare), tout est joué au synthé. Même le piano ne sonne pas. Joni nous avait habitué à s'entourer de TRES grands musiciens (de Pastorius à Peter Gabriel, en passant par Wazyne Shorter, Herbie Hancock, Mark Isham,...) Reste la voix, toujours aussi superbe.
Joni Mitchell n'est pas une artiste connue en France (à l'inverse des pays anglos-saxons où elle est considérée à juste titre -aussi bien par la critique que par le public, fait assez rare pour être souligné- comme la plus importante et talentueuse musicienne auteur-compositeur de la fin du XXème siècle).
Il faut dire que lorsqu'on a signé quelques albums parmi les plus extraordinaires de ces quarante dernières années ("The Hissing of Summer Lawns", "Hejira", "Don Juan's Reckless Daughter", "Mingus" pour les plus magistraux de la période magique des 70's), qu'on a exploré les champs du Jazz et de la World avant tout le monde, il était normal que ça finisse par s'entendre... sauf en France apparemment.
Et pourtant "Shine » est un chef-d'oeuvre, même si le mot est galvaudé puisqu'il convient à la quasi totalité des oeuvres de la Dame du Saskatchewan, qui il y a neuf/dix ans avait tout plaqué, après la sortie du dernier album studio "Taming the Tiger", retirée du "Music Biz" avec des commentaires du genre : "...Une industrie qui pue la fosse septique" -entre autres amabilités-, écoeurée de voir que seuls la violence, le sexisme, la futilité, la vulgarité et la bêtise faisaient vendre.
Un disque à l'opposé du clinquant, d'une splendeur ample avec des mélodies superbes, confirmant que Joni Mitchell, de la "Prairie Girl" d'il y a trente ans avec sa voix de miel si souple et haute, à la femme mûre d'aujourd'hui avec cette voix cassée, voilée par la cigarette et les ennuis de santé, demeure bien l'auteur le plus créatif et émouvant de son temps.
"Shine" est subtil, progressif, déconcertant, désespéré, car les poèmes de Joni Mitchell sont à l'image, dans ce disque crépusculaire, du monde qui nous entoure.
De "If I had a Heart" à "Bad Dreams", de "Strong & Wrong" à "Shine", Mitchell dissèque la misère d'un Eden mué en radeau qui sombre avec nous dessus, "vermine qui prolifère sur le dos de la Terre-Mère et l'empoisonne", un monde miné par l'égoïsme, l'avidité, la violence, qui fait disparaître les baleines et les arbres.
Défense des Indiens spoliés par l'envahisseur blanc, constat véhément sur la perte des valeurs basiques, strophes sans concessions sur le manque de respect du vivant, traits vitriolés sur une société américaine en pleine décomposition après huit ans d'administration Bush ("Immondes leaders, qui ont le permis de tuer »), dénonciation d'une société vérolée par l'argent et le pouvoir qu'il donne aux légions de nantis qui en abusent : avocats, politiciens, religieux... -et, dans cette dernière catégorie, "L'Eglise Catholique avec les geôles qu'elle soutient" et les "églises qui donnent de moins en moins d'amour"... Tableau désenchanté des monothéismes, depuis la puissance totalitaire de Rome oublieuse de la charité, aux sectes évangéliques et apocalyptiques des Etats-Unis qui au nom du Christ appellent au meurtre (« Shine ») en passant par les appels à la Guerre Sainte d'un Islam dévoyé ("Guerre Sainte. Génocide. Suicide. Haine et cruauté. Qu'est-ce que tout cela peut bien avoir de saint? Si j'avais encore un coeur, j'en pleurerais" martèle-t-elle dans "If I had a Heart").
Clichés faciles, opportunisme lié aux préoccupations du moment?
Non. Cohérence et persistance dans le propos. Rappelons-nous ces anciens titres, "The Fiddle and the Drum", "The Three Great Stimulants", "Ethiopia", "Tax Free", "Lakota", "Sex Kills", "No Apologies" -entre autres-. Voilà de quoi convaincre de la cohérence de l'artiste canadienne et de sa terrible sincérité.
Une lucidité ravageuse qui n'empêche pas « Shine » d'être musicalement prodigieux.
Ainsi le titre-phare, qui ne ressemble à rien de ce que Joni Mitchell avait écrit auparavant, même si ce titre, dans sa durée et sa structure, est sans équivoque du pur Mitchell. Une preuve supplémentaire du génie de l'artiste, qui en quarante ans ne s'est jamais répétée d'un disque à l'autre.
Ou le poème de Rudyard Kipling intitulé "If", une bouffée d'espoir clôturant le disque, mis en musique par Joni (et quelle musique! Certaines de ses sonorités nous ramènent aux temps bénis de "Don Juan's Reckless Daughter", l'un de ses plus novateurs et intéressants enregistrements), une musique écrite sur le texte d'un autre, donc... (à l'inverse du processus qui avait abouti au disque « Mingus » avec Charlie Mingus à la partition et Joni au stylo et au micro...)
Remarquablement, "If" colle tellement aux préoccupations exposées tout au long de "Shine" qu'on pourrait croire que c'est un texte de Mitchell, tant pour son style que dans son contenu.
"Si vous parvenez à rester de marbre face au triomphe et au désastre, en réservant à ces deux imposteurs le même accueil...".
Du pur Mitchell ? Du Kipling. Quand les grands esprits...
"Shine" m'a aussi particulièrement ému avec cette vue nocturne de la Terre vue depuis l'espace, avec ses rivages scintillants, imprimée sur le CD.
Cela m'a rappelé ce passage dans "Refuge of the Roads", ce titre essentiel de « Hejira » (chef-d'oeuvre absolu de Joni Mitchell), où elle nous parlait d'une photo affichée dans une cabine de toilettes sur l'autoroute, prise par les astronautes en revenant de la Lune, et où l'on ne pouvait distinguer ni forêts, ni villes, ni routes, et elle dans sa voiture roulant vers l'ouest, encore moins que le reste.
Admirable façon de nous faire ressentir notre insignifiance face à l'immensité du cosmos, dont Mitchell aujourd'hui souligne en plus la fragilité.
Et trente ans après, si l'on ne distingue toujours pas Joni Mitchell sur cette photo nocturne et scintillante, sa voix admirable, ses propos dictés par un coeur que nous savons tous énorme (même si dans le morceau "If I had a Heart", elle fait tout son possible pour nous convaincre qu'elle l'a perdu), sa lucidité, son intelligence acérée, la force et l'originalité de son génie musical nous aident à allumer nos petites lumières intérieures personnelles, veilleuses d'espoir... -irrationnelles, certes, mais bien vivantes.
Espérons que la propre petite lumière de Joni Mitchell continuera encore très longtemps à nous éblouir... / Jacques BENOIT / (commentaire anglais sur Amazon.com : "She's got the Sight, we gotta Fight")