
EMI - EMI
David Bowie
Sortie : 20/09/1999
CD audio
Pop & Rock, Rock, Pop
1. Watch That Man
2. Aladdin Sane (1913-1938-197?)
3. Drive-In Saturday
4. Panic In Detroit
5. Cracked Actor
6. Time
7. The Prettiest Star
8. Let' S Spend The Night Together
9. The Jean Genie
10. Lady Grinning Soul




Lorsque David Bowie décide de prendre l'Amérique à bras le corps, un an à peine après s'être métamorphosé en créature intergalactique, c'est presque sans transition que les regards du public se tournent vers un nouveau dieu dont le visage blafard s'illumine d'un éclair pourpre. En jouant sur l'effet de surprise, mais sans se défaire de cette androgynie si singulière, l'artiste s'affranchit d'une image dont il aurait pu se rendre prisonnier et confirme son extraordinaire aptitude à rebondir sur l'air du temps. Nouveau personnage ambigu, pour un album mariant sa décadence glam à des atours plus bruts que son prédécesseur, Aladdin Sane nous transporte sur un tapis de perversion rock, comme de pop moderne, dont l'éloquence n'a d'égale que sa liberté de ton.
Plus exigeantes, plus théâtrales que sur l'incontournable Stardust, les chansons sont ici autant de traces d'une époque, que la rencontre d'un créatif avec les tonalités, les influences dont seront ourlées ses productions futures. En fait, Bowie est un novateur, le parfait exemple du brasseur de tendances avec lequel un morceau qui serait passé inaperçu en d'autres mains, devient un concentré d'audace s'écrivant en oblique. Alors qu'évoquer l'homme en revient à parler d'un des plus grand illusionniste que le rock n'ai jamais porté, rendons grâce au mince duc blanc d'avoir su visiter la musique loin des sentiers battus d'avance.
Allusion dans le titre à un frère en souffrance « a lad insane », si ce disque semble lui aussi sujet à quelques désordres, la forme de dépendance qui résulte de son écoute en signe l'éternelle actualité. En ajoutant à cet exercice périlleux, la présence improbable d'un piano jazzy venu jouer les flambeurs héroîques sur nombre de titres, quelques injections soul ça et là, plus un degré de folie supplémentaire lorsque déjà tout semble perdu, notre Aladdin des temps modernes cumule à nouveau les facettes, quitte à se prendre lui-même à un jeu dans lequel il cherchait à nous compromettre. Clin d'aeil au Berlin des années trente, dérapage contrôlé dans les rues de Detroit ou voyage au bout de l'enfer sur Time, en puisant jusqu'à satiété dans l'excessif, ce disque confirme tout le génie de son auteur.
Crooner paranoïaque ou caméléon excentrique, David Jones marque une fois de plus son territoire sous les coups répétés d'un éclectisme musical hors norme. Visionnaire, opportuniste touche à tout habillant de paillettes sucrées salaces un rock, cette fois-ci, beaucoup plus agressif que par le passé, l'homme qui vendra d'ici quelques années son âme au diable de la facilité conforte, avec la manière, son statut de vraie pop star.
En 1972-73, Bowie-Ziggy est la superstar du glam-rock. Et sur tous les fronts. Tournées, production pour Lou Reed, Iggy Pop, Mott The Hoople. Il a le temps sur la route d'écrire quelques titres, qui donneront ce « Alladin Sane ».
La filiation avec son chef-d'oeuvre « Ziggy Stardust » est évidente, ne serait-ce qu'au niveau du son (toujours accompagné par les Spiders from Mars et Ken Scott à la production).
Mais s'il n'y avait rien à jeter sur « Ziggy Stardust », tous les titres de ce « Alladin Sane » ne font pas l'unanimité, et les divers commentaires de cette page montrent bien que ce disque part un peu dans tous les sens, préfigurant parfois les disques de Bowie à venir.
Néanmoins, on trouve cinq incontournables : le reptilien « Jean Genie », les très Ziggy « Watch That Man » et « Cracked Actor », le « Let's Spend The Night Together » des Stones, et le plus captivant, ce « Time » qui débute comme un morceau de Kurt Weill avant un final entre « Hey Jude » et « Time Is On My Side ».
Bowie a sorti une trentaine d'albums. Ce « Alladin Sane » est sans problème dans les dix meilleurs.
Pour un album ecrit en tourné, qui tourne la page au glam rock, Bowie ne fait pas les choses a moitié. La ou d'autres artistes, en voulant quité le glam rock se sont plantés, Bowie reussit. Dans le style en particulier, ni trop neuf par rapport au précedant Ziggy Stardust, tout en evoluant et en rajoutant quelques nouveautés (l'impro du piano sur Aladdin Sane).
Les titres sont tous aussi bons, et l'album supporte largement la comparaison avec le Ziggy Stardust qui faisait furreur.
L'un des plus grands disques des années 70