
Fox Pathé Europa - Fox Pathé Europa
Sortie : 18/04/2001
DVD
Réalisateur : David Fincher
Acteurs : Brad Pitt, Edward Norton, Helena Bonham Carter, Jared Leto, Meat Loaf
Combats, Crime, Drame, Folie, Manipulation, Psychologique, Société, Urbain




Autant prendre partie tout de suite: Fight Club est un GRAND Film!
Lorsque vous regardez Fight Club pour la première fois vous n'êtes pas avertis du faux twist reposant sur le dédoublement de personnalité de "Tyler" et le dernier tiers part doucement en vrille ce qui ajoute au malaise. Après plusieurs visonages, on ne peut qu'admirer la construction narrative du film. C'est un gigantesque alibi, mais de quoi?
A première vue, il y a une posture fascisante assumée ou pour le moins martiale. Oui également il y a une inclinaison non dissimulée pour l'anarchie. Oui enfin, c'est là une apologie de l'auto-destruction à savoir la connaissance et la libération de soi par la souffrance salvatrice. Le Thème prenant d'ailleurs l'exact opposé de l'aphorisme de Nietzsche: ici, c'est ce qui nous détruit qui nous rend plus fort.
Toutefois, les choses vont trop loin, elles échappent à "Tyler" qui se bat alors contre sa propre conscience et tente de tout stopper. On comprend que le film (et le livre) se veut avant tout cynique et acerbe face à ce que le réalisateur nous présente comme le totalitarisme de la société de consommation et de tout ce qui lui est annexé.
C'est aussi une alerte, un peu déclinée de celle de "The Wall": la folie d'un seul homme pourrait...
Fight Club fait également partie de ces trop rares films qui courent après leur première image pour se conclure. D'un point de vue filmique c'est parfait, Fincher vient de la pub et les passages clipés sont parfaitement maitrisés. Il vient également de "Seven" dont on retrouve certaines obsessions quant au traitement de l'image et de plusieurs plans.
Un film polémique et c'est dommage d'autant que Fincher n'a pas pu y mettre tout ce qu'il voulait...!
Dans Fight Club, la société de consommation et les valeurs qu'elle véhicule sont montrées du doigt, ainsi que l'insignifiance de nos vies dans une société régie par ces valeurs (comme Edward Norton qui pense atteindre la plénitude en achetant un canapé ikea), le manque de repères d'une génération qui ne sait plus où aller, comme dans cette scène où Brad Pitt raconte qu'à chaque étape de sa vie, il demandait à son père "Je fais quoi maintenant ?". Là-dessus le film est pertinent, je trouve.
Le problème, c'est qu'il y a aussi tous les éléments du film "culte" pour ados et étudiants fans du tee-shirt Che Guevara. C'est malin (dans le sens péjoratif), tape-à-l'oeil, plein de détails amusants la première fois mais qui n'ont aucun intérêt, comme le gars à gros seins, l'histoire du sex-toy à l'aéroport, bref des centaines de détails qui finissent par rendre le film superficiel.
Y'a aussi des trucs complètement débiles, comme les brochures dans les avions. Si les personnages sourient sur ces brochures, c'est pour éviter de faire angoisser les passagers pour rien, c'est tout, et non pour les explications foireuses et rebelles que donne Brad Pitt, genre "Je ne suis pas dupe ;)".
En somme, ce film ressemble à un ado qui pense se rebeller contre une société à laquelle il adhère pleinement par sa rébellion même. Cela dit, le film est une très bonne adaptation du roman, ainsi les tares qu'on lui reproche ne lui sont pas totalement imputables.
Voila l'exemple-type de critique du système parfaitement intégrée, assimilée par le système, à l'image de son "équivalent" français ou de son penchant musical. Vous me direz, à juste titre, qu'il est encore plus commode de ne rien dire, de tout accepter sans jamais dénoncer. Mais quand même, quoi de plus ironique qu'un ex-faiseur de clips et de pubs (Fincher) et qu'une méga-star mondiale (Pitt) reconvertis en détracteurs de la société de consommation ? Cela a autant de sens et de crédibilité (c'est-à-dire aucun) qu'un tee-shirt ou un cartable à l'effigie de Che Guevara, ou encore que la porte-parole de LO avec un téléphone portable "new génération"... :) Avec des "rebelles" comme ça, les multinationales peuvent dormir tranquilles. De nos jours, on vend et on achète tout et n'importe quoi (surtout n'importe quoi). Le film nous informe sur la crétinerie et la vacuité absolues de la pub, sur l'absurdité du consumérisme effréné (fichtre, c'est vrai qu'on n'y aurait jamais pensé, merci ! :)). La mise en scène est tape-à-l'oeil (très "pubesque/clipesque" justement) bien que capable de fulgurances, la B.O est pas mal (notamment la chanson de fin, "Where is my mind ?" des Pixies) et Edward Norton trouve là l'un de ses meilleurs rôles. A l'arrivée, ni le monument facho-nihiliste qu'y ont vu ses détracteurs, ni le sommet subversif encensé par ses supporters. Il faudra bien plus qu'un "Fight Club" et ses multiples versions DVD pour réveiller les consciences. Ca commencerait déjà par ne pas l'acheter ce DVD, justement (oui, je sais, elle est facile celle-là mais avouez qu'elle était tentante, non ?) :)