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Sortie : 07/05/2008
DVD
Réalisateur : Paul Haggis
Acteurs : Tommy Lee Jones, Charlize Theron, Frances Fisher, Susan Sarandon
Divers, Thriller




Un couple d'américain moyen voit son fils disparaitre dès sa rentrée de guerre d 'Irak. Le père, ex MP décide de mener l'enquête, aidé par une inspectrice plus curieuse que ses collègues.
Sous un rythme très lent, la vérité se fait jour progressivement et aboutit, enfin, à une conclusion que l'on connaissait déjà : Personne ne sort indemme d'une guerre, quelque soit le camp, quelque soit l'endroit, quelque soit les motivations.
Du haut de son piédestal patriotique, le personnage de TL Jones tombera, remettant en cause toutes les valeurs auxquelles il croyait, dans un geste ultime... peut-être trop prévisible.
Quoiqu'il en soit, un film fort, poignant, dérangeant, auquel ne pouvait qu'adhérer la très démocratique Susan Sarandon.
Dans la Vallée d'Elah est un film de Paul Haggis (scénariste des derniers Eastwood, dont c'est la deuxième réalisation). Je vous engage très fortement à vous le procurer, en particulier si vous croyez comme moi qu'une des grandeurs du cinéma américain a toujours été d'allier récits "bien ficelés" et volonté de divertir d'une part, et réflexion bien sentie sur l'état d'une société d'autre part, tout en étant le plus proche possible du développement des personnages choisis, dans ce qu'ils ont de spécifique. Bref, d'allier l'intelligence des personnages, du récit, des situations et des personnages aux codes d'un genre censé divertir. Ne lisez pas forcément ce qui suit, et regardez-le si vous n'avez rien contre le cinéma américain de divertissement qui tend un miroir aux spectateurs américains en leur proposant de réfléchir sur eux-mêmes (réflexion dont on ne devrait de toute façon pas faire l'économie même si on n'est pas américanophile).
Soit un père ancien militaire qui recherche son fils soldat revenu sur le sol américain après quelques mois passés en Irak, manquant à l'appel. Sur le canevas plus qu'éprouvé de l'enquête / quête de vérité, Haggis va petit à petit faire le portrait de cet homme aux valeurs bien ancrées, enfin confronté aux effets d'une guerre à laquelle il croit forcément, sans comprendre comment elle affecte autrement que les guerres passées (y compris le Vietnam) la cohérence même de la patrie, les valeurs qu'elle met en avant (et le père avec elle) et le lien qui lie les pères à leurs fils. Loin du film à thèse, redoutablement bien vu dans la façon dont il amène le personnage à la conscience sans pour autant essayer de lui faire adopter des positions qui ne pourraient pas être les siennes, Dans la Vallée d'Elah, de façon certes indirecte, finit par montrer autrement ce que d'autres films de et autour de la guerre ont montré plus directement (déshumanisation, sacrifice rituel d'une jeunesse jetable, soutien automatique mais théorique de la nation à ses soldats qui ne résiste pas à leur retour, responsabilité des pères et de la patrie dans la construction d'une innocence et de valeurs saccagées à chaque nouvelle génération, un peu plus sans rémission à chaque fois, etc.). Mais il le fait par le prisme du père, au travers d'une compréhension d'un état des choses et de la conscience d'une responsabilité personnelle et collective forcément limitée. Le fait qu'y soient liées, là aussi plus ou moins directement, les questions centrales des valeurs, du recyclage de la notion d'héroïsme, du statut et des actions de l'Empire, du lien entre la patrie et ses enfants et des pères et des fils, rendent ce film passionnant à plus d'un titre, d'autant qu'il est extraordinairement tenu et ne fait jamais dans la surenchère. A mes yeux, un film remarquable, assez détaché de l'actualité pour proposer une vision du lien entre l'Amérique et ses guerres, et dans le même temps montrant à quel point le pays a franchi un autre cap avec cette guerre-là. C'est pour cette raison que je réfute l'argument (entendu ici et là) selon lequel le film serait idiot parce que le personnage principal ferait mine de découvrir que la guerre, c'est pas beau, alors qu'il a été au Vietnam. Outre qu'on n'est pas forcé de croire qu'absolument tous les soldats américains se sont livrés à des exactions, il serait bon d'avoir un minimum de perspective historique et de ne pas oublier que les valeurs défendues par les Etats-Unis à l'extérieur sont sensiblement les mêmes, mais que cette guerre-là repose sur des mensonges, une hypocrisie et une mise en avant de l'impunité dans la chaîne de commandement politique et militaire qui ne sont certes pas nouveaux mais à un tout autre niveau. Enfin, on peut toujours faire de mauvais procès à un film, qui plus est lorsqu'il ne fait pas dans la dénonciation bien-pensante (on l'aurait alors attaqué parce que trop peu subtil et propagandiste, je commence à connaître la critique française qui fait profession de distribuer bons et mauvais points, à défaut de vraiment hiérarchiser...). La stratégie de Haggis, celle des réalisateurs qui font le pari de ne pas aller trop loin des habitudes des spectateurs américains lorsqu'ils veulent les toucher largement, n'a pourtant pas marché: le film a rapporté des clopinettes. Il faut croire que le film vient déjà trop tard, lassitude aidant, ou trop tôt. Il est pourtant un des premiers à ne pas faire uniquement dans le métaphorique, sans pour autant asséner du prêt-à-penser aux spectateurs. C'est à mon sens assez remarquable pour le voir.
C'est pourtant un thriller, en tous les cas un film policier, où Tommy Lee Jones en ancien militaire sur fond de guerre en Irak, Charlize Theron en flic tenace et Susan Sarandon en mère effondrée, bref tous les ingrédients y étaient.
Et pourtant...
Le film ne décolle pas et si la découverte du mobile du crime est très réaliste, elle arrive tard, très et plutôt comme un soulagement.
Bref un énorme gâchis