
Fayard - Fayard
Sortie : 03/09/2008
Broché
Auteur : Shlomo Sand
Critique littéraire, Histoire internationale, Israël, Proche et moyen-orient




Voila un livre passionnant et érudit écrit par un historien dont le style demeure accessible et agréable. Il démontre avec brio que l'histoire du peuple juif telle que le grand public la connait (notamment au travers de quelques passages de l'ancien testament) n'est qu'un montage peaufiné au XIXème siècle par divers auteurs européens. En fait, il y a longtemps que nous savons que la Bible est un patchwork qui ne respecte pas la chronologie réelle (Cf. la Bible dévoilée de Finkelstein et Silberman). Ainsi, l'exode n'a jamais existé et les juifs n'ont jamais été massivement chassés de chez eux ni par Babylone, ni par Rome. Une notable partie de ceux qui sont restés ont été convertis au cours de l'histoire par le christianisme ou par l'islam. Par ailleurs, pendant des siècles, le prosélytisme juif a fait des centaines milliers de convertis, l'Empire Khazar n'est que le plus important exemple de ce phénomène.
Au total, Shlomo Sand nous donne l'image d'une communauté religieuse qui ressemble finalement à toutes les autres -ni plus, ni moins- : toutes les tentatives pour faire des juifs une entité étanche et singulière basée sur l'ethnicité ou la race sont vaines. Les conséquences politiques de cette démonstration sont claires : il ne doit y avoir à terme qu'un seul pays pour les juifs et les palestiniens car la distinction qu'on leur a imposé est absurde. La vision décapante de l'auteur nous libère d'un grand nombre de préjugés. Ce n'est pas la moindre de ses qualités. A lire absolument.
je suis consterné de lire les commentaires sur ce livre.
à supposer même que l'exil ne soit qu'une représentation idéologique et que les juifs n'aient pas avec les protagonistes de l'épopée biblique le lien qu'ils revendiquent, depuis quand sont-ce la vérité du propos ou celle du sang qui font les peuples ? se convertir au judaïsme, c'est en adopter, du moins aux yeux des autres juifs, le statut personnel, avec sa loi, ses langues de prière, d'étude et de communication, son rapport à l'entourage non juif (dont on oublie trop qu'il n'a entrepris d'assimiler les juifs que fort tard, uniquement en occident, sans leur concéder le statut de minorité transnationale ni même leur garantir, en dehors du monde anglo-saxon, l'irréversibilité de leur nouveau statut de citoyens).
ce qui a changé avec le sionisme, c'est l'inscription dans une perspective politique, la revendication de l'unité dans la nécessité criante d'une nouvelle terre d'asile et d'un rassemblement dans un état indépendant (qui ne pouvaient dès lors, aux yeux des juifs comme à ceux de la société des nations, que se situer en palestine, demandez-vous pourquoi...). que cela ait posé des problèmes de conquête de la majorité et de distinction des agendas du politique et du religieux, c'est une évidence. qui, d'ailleurs, ne pose aucun problème ? les sionistes ont néanmoins su mobiliser les élans de leur peuple, l'assentiment de la communauté internationale et même le ralliement de la partie arabe à une vision moins exclusiviste qu'elle ne l'était de prime abord. ils ont établi une société essentiellement profane dont l'avenir est plutôt souriant, y compris pour sa minorité arabe. ils ont surtout su, dans un conflit pour le moins radical et prolongé, limiter comme jamais dans l'histoire de l'humanité les pertes en vies innocentes de leurs ennemis.
qu'est-ce qui autorise l'un des commentateurs à supposer que les juifs se tiennent pour exceptionnels ? outre qu'il ressort de leur mythologie que tous les êtres humains sont frères au regard d'un seul et même ancêtre, c'est de dieu seulement et peut-être des mérites de quelques uns de leurs hypothétiques ancêtres (mais certainement pas d'eux-mêmes dans les générations actuelles) qu'ils croient tenir une mission, celle de le servir comme il leur a été spécifiquement prescrit, et cela, autant que possible, depuis jérusalem. l'élection d'israël ne signifie rien d'autre et elle est accessible par conversion.
Excellent ouvrage qui permet de comprendre et de faire la juste part des choses entre une histoire "officielle" qui s'appuie sur des faits qui n'ont jamais existé et l'histoire réelle qui s'appuie sur des faits authentifiés par l'archéologie. Intéressant d'apprendre ce que Ben Gourion n'ignorait pas, à savoir que les descendants authentiques des Hébreux de l'époque romaine sont en fait les Palestiniens d'aujourd'hui.