
Decca - Decca
Sébastien Marq
Sortie : 07/10/2005
CD audio
Choral
1. All'Arme Si Accesi Guerrieri
2. Mentre Io Godo In Dolce Oblio
3. Un Pensiero Nemico Di Pace
4. Vanne Pentita A Piangere
5. Sparga Il Senso Lascivo Veleno
6. Caldo Sangue
7. Come Nembo Che Fugge Col Vento
8. Ecco Negl'Orti Tuoi
9. Qui Resta...L'Alta Roma
10. Lascia La Spina, Cogli La Rosa
11. Ahi! Qual Cordoglio
12. Si Piangete Pupille Dolente
13. Ahi Quanto Cieca...Come Foco Alla Sua Sfera
14. Disserratevi, O Porte D'Averno
15. Notte Funesta...Ferma L'Ali




Moi, je suis musicien depuis 40 ans. Depuis 2 ans, je me rince les oreilles de la Pop dont je garde très peu de choses concrêtement aujourd'hui: Les Beatles, Brian Wilson et Burt Bacharach essentiellement. Donc, tout ça pour vous dire que si, vous aussi, vous attaquez une vidange complète du système neuro-musico-spinal, ACHETEZ CE DISQUE !!! Les musiciens du Louvre de Minkowski, je les ai vus au Festival Berlioz en 2007, et, comme le veut l'expression dans la Pop, "ça sonne grave"... Et cette musique, heu...comment vous dire, c'est l'antithèse de Cure, des Doors et d'un tas d'autres vibes glauques dont nos oreilles (et nos âmes par là-même) de quarantenaires sont teintées depuis trop longtemps. Dites oui à la vie. Ca change.
J'aime beaucoup Cecilia Bartoli : c'est une très bonne chanteuse disposant de qualités rarement conciliables en une seule et même personne. Elle sait donner un sens aux mots qu'elle chante, elle donne du relief aux personnages qu'elle incarne et éblouit par un souffle long et une virtuosité dans les trilles qu'elle seule possède à ce niveau. elle chante avec gourmandise, générosité et émeut (La Clémence de Titus, Rinaldo). Cela dit, depuis que l'heure n'est plus aux intégrales, elle souhaite nous faire entendre des récitals de compositeurs trop méconnus (Vivaldi, Glück, Salieri) La démarches est en soit louable et ces premiers récitals étaient magnifiques. Les choix de la solistes étaient judicieux et variés et nous laissaient entendre les facettes les plus différentes des compositeurs. Seulement ici, ce n'est pas un récital d'un seul compositeur mais de trois compositeurs : Caldara, Haendel et Scarlatti père. Du coup, au lieu de rentrer pleinement dans un compositeur, on n'effleure seulement que quelques facettes de chacun d'entre eux. Surtout qu'aucun air d'Haendel n'est une première mondiale, d'où l'intérêt relatif de ceux-ci, même si je résiste difficilement à la furia d'Un pensiero nemico di pace.
L'autre problème majeur est la redoutable alternance d'air rapide/air lent qui finit par lasser si bien que je déconseille l'écoute en continu du disque. Les airs virtuoses épatent mais sur certaines fins de phrases, le souffle semble court, les dernières mesures presque savonnées et les larges respirations très audibles. Et même si l'enthousiasme légendaire de Bartoli est toujours aussi flagrant, la finition n'est plus aussi impeccable. En revanche, sur les airs lents, la soliste diversifie davantage les phrases même si sa manière de susurrer peut surprendre (peu de nuances entre piano et fortissimo) si bien que le récital apparaît quelque peu caricatural. La critique est certes sévère mais la grande Cecilia nous avait habitués à mieux. Marc Minkowski est enthousiaste et attentif à sa soliste -plus qu'à son orchestre, brouillon de sonorité et pas toujours flatteur de sonorité (trompette)- et respire magnifiquement dans les airs lents avec elle. L'entente entre les deux artistes est évidente, le fini du disque l'est moins. Si bien que ce disque peut plaire les premières écoutes et décevoir les fois suivantes par excès d'intentions.
La politique de marketing est bien rôdée. On prend un concept musicologique chic qui flatte l'intelligence de l'auditeur et semble rendre la Bartoli indispensable dans le rôle d'ambassadrice. Pas de problème, tout le monde ici connaît son baroque. Et j'ai été très séduit par le style pastoral de certains airs. Bartoli réussit ce mélange très difficile de "chant qui parle". Certes, le preneur de son très complice, lui autorise des nuances murmurées qu'aucun lieu de spectacle ne tolèrerait.
En revanche, les passages de virtuosité m'ont dérouté. Bartoli interprète littéralement le terme générique qui désigne les vocalises : gorghegiatte. C'est effectivement vocalisé "dans la gorge", ce qui permet un staccato de mitraillette, précis, chirurgical et qui impressionne...une première fois. Mais au fil de l'écoute du disque, l'effet est monocorde, ne permet pas de profiler l'agogique des courbes mélodiques et parfois, Bartoli vocalise faux, son larynx finissant par se tétaniser : physiologiquement inévitable !
Minkowski est égal à lui-même : du punch, du punch et que du punch. La conduite du discours musical, les passages "divagants", la construction polyphonique sont renvoyés au placard. C'est même pas très ensemble au sein de l'orchestre, les cordes sont laissées à elles-mêmes. Certes, individuellement les musiciens sont brillants. Mais Minkowski devrait faire son métier.