
Dupuis - Dupuis
Sortie : 23/04/2008
Cartonné
Auteur : Émile Bravo
Aventure, BD jeunesse




C'est un superbe album.
L'immersion dans la Belgique de 1938-39 et plus globalement dans l'Europe d'avant les préparatifs de la 2eme guerre mondiale et bien réussie. Les dessins reflètent fidèlement l'époque.
Le scénario réaliste et véritable m'a procuré des sentiments variés tout au long de ses planches d'une forte intensité que je ne croyais pas probable provenant d'une BD.
Beaucoup de monde en prend pour son grade : les lâches, les hypocrites, les cyniques, les profiteurs, les haristos nationaliste et j'en passe.
Du coté des "bons" il y a Spirou qui est courageux mais dont tout le monde profite de sa naïveté. Il y a aussi un Boxeur réputé qui est un remède miracle contre les cons. Il y a aussi M. Dewilde - chef réceptionniste - un modèle de droiture et de tolérance.
Enfin, on découvre Fantasio comme journaliste « People » avant l'heure pas vraiment méchant et complètement déconsidéré par ses pairs de la rédaction.
Les clins d'aeil à Tintin sont manifestes. Cela va du dessin au type d'aventure. Même le nom Tintin est à plusieurs reprises évoqué.
Ce qui me désole le plus c'est le comportement humain décrit (dénoncé ?) dans cette BD qui n'a pas vraiment évolué depuis lors malgré les résultats que l'on connaît. Les exemples récents n'en manquent pas.
Un des meilleures Spirou dont la suite chronologique de « Journal de l'Ingénu » pourrait être « Le dictateur et le champignon », « Z comme Zorglub », « L'ombre du Z » voire même « QRN à Bretzelburg » qui décrivent les dérives des systèmes totalitaires. Reste que « Journal de l'Ingénu » est celui qui à le message le plus fort.
J'avoue avoir acheté ce volume de Spirou à cause des dessins. Ils sont parfaits. Les couleurs nous plongent dans l'ambiance des années 30. Une grande mélancolie se dégage des images. Aucune raideur dans les personnages, beaucoup de mouvement. Les contours des personnages et des décors qui sont habituellement à l'encre de chine ont été fait au crayon gras (pastel); une réussite totale. A ce niveau, un sans faute. C'est sans conteste un des meilleurs Spirou de l'après Franquin. Etant un inconditionnel des Spirou à la Franquin, j'ai tendance à être très critique envers les successeurs.
En ce qui concerne le scénario de cet opus, l'idée est très originale. L'histoire est bonne, l'humour est présent. Pour moi, où le bas blesse, c'est la lourdeur de certains clin d'oeil. En effet, la première allusion à Tintin est amusante, mais au bout d'un moment ça lasse...Surtout lorsque l'auteur met en exergue un passé soi-disant trouble de Hergé durant cette période. Cette théorie sans fondement a été entre autre émise par certaines personnes issue d'une communauté qui utilise les horreurs de la seconde guerre mondiale comme fond de commerce. Une chasse aux sorcières (Simenon,Hergé,Sacha Guitry,....) digne des meilleurs épisodes du Maccartysme. Démagogie pure et mauvaise documentation. J'irais même jusqu'à trouver au trouffion allemand, qui allume sa cigarette à la page 54, une vague ressemblance avec l'auteur de Tintin. Mais là, je l'avoue, c'est peut-être une affabulation.
Pour conclure, si le scénario ne s'était pas appuyé sur tant de grosses ficelles (personnages stéréotypés, zones blanches ou noires, sans aucune place pour le gris,...), ce volume aurait été d'une très grande qualité. Il n'en demeure pas moins que l'auteur mérite toute notre attention et que ce livre a sa place dans toute bibliothèque qui se respecte.
Celle collection donne carte blanche à des auteurs illustrateurs pour raconter une aventure de Spirou & Fantasio. Ce titre est le quatrième de la série et c'est Emile Bravo qui en est l'auteur, il a choisi de nous parler de notre héros avant son entrée dans le journalisme.
Nous sommes en Belgique, Spirou est groom dans un grand hôtel, nous allons découvrir sa vie et les conditions de sa rencontre avec le journaliste Fantasio.
Et puis, nous sommes en 1939 quelques jours avant le début de la guerre, dans cet hôtel un envoyé du 3e Reich doit rencontrer des envoyés du gouvernement polonais.
Emile Bravo réussit à mêler l'histoire politique du monde et l'histoire de Spirou. Il sait s'immerger dans cette époque, et son dessin se prête totalement à une reconstitution de ces années-là.
Les jeux des enfants ne sont pas sans rappeler les farces de Quick et Flupke, mais les temps sont difficiles et la politique vient se mêler aux bagarres des enfants, l'opposition entre le fils de communiste et le fils de catholique extrémiste n'est pas nouvelle mais elle est traitée avec suffisamment de nuances pour éviter de tomber dans la simple caricature.
Avec ce titre Spirou acquiert une vraie humanité.